Biographie française


IL ÉTAIT UNE FOIS...


À l’âge où la plupart d’entre nous jouent aux billes ou à la poupée, tandis que quelques-uns, plus rares, préparent assidûment leur doctorat de physique quantique, Stephane Huchard éprouve déjà un irrésistible besoin de frapper ; heureusement pour l’entourage, il ne frappe que sur des pots. Mais il se lasse vite, ressentant l’envie de frapper sur des peaux, et il décide de commencer la batterie en autodidacte et en famille. Il a alors sept ans, et pratique la musique avec son père accordéoniste et son frère pianiste. Par la suite, il participe à divers groupes de rock avec les copains, et se produit régulièrement dans sa région, notamment au cours de la fameuse tournée 77-91 (numéros des deux départements traversés).


Quelques années plus tard, Stephane, âgé de quinze ans, découvre le jazz dont il tombe amoureux, et décide de « passer à la vitesse supérieure ». Il passe une audition à l’école de batterie Dante Agostini de Paris, afin de perfectionner son bagage technique, condition nécessaire à la pratique du jazz, et travaille son instrument plusieurs heures par jour. Le cursus durera cinq ans, soldé par un premier prix du cycle supérieur avec félicitations du jury. Parallèlement à cette scolarité pas comme les autres, Stephane commence son brillant parcours de tambour majeur.


LE SIDEMAN


Au-delà d’une maîtrise technique exceptionnelle de la batterie, la personnalité de Stephane est caractérisée par une grande curiosité, et une volonté d’ouverture sur toutes les musiques liées de près ou de loin au jazz, qu’elles soient acoustiques ou électriques : nu jazz, jazz old school, latin jazz, world afro... Du trio au big band, Stephane adapte sa frappe à la musique qu’il sert : « Je n’aime pas l’esprit de certains puristes ! S’enfermer dans une musique, c’est devenir réactionnaire. J’ajoute qu’il y a assez de purification sur cette terre pour ne pas en rajouter dans la musique ! »


Le parcours de Stephane est jalonné de rencontres et collaborations avec de nombreux artistes et formations. On a ainsi pu le voir et/ou l’entendre aux côtés de Élizabeth Caumont, Jacques Vidal, Frédéric Sylvestre, Incroyable Jungle Beat, le Big Band Lumière, Louis Winsberg, l’Orchestre National de Jazz, Sylvain Beuf, Zool Fleisher, Nguyen Lê, Sylvain Luc, Jean-Pierre Como, Tania Maria, Marc Berthoumieux, Emmanuel Bex, François Jeanneau, Touré Touré, Alma Rosa, Laurent de Wilde, Andy Emler, Stefano Di Battista, Flavio Boltro, David Linx, Diederik Wissels, Jacky Terrasson, Romane, Stochelo Rosenberg, Sanseverino...


Une des périodes les plus importantes de la carrière de Stephane est sa rencontre avec le Big Band Lumière dirigé par Laurent Cugny, qui donnera lieu à une tournée européenne, à l’enregistrement de deux albums (« Rhythm a ning » et « Golden hair »), mais aussi et surtout à une autre rencontre exceptionnelle, celle du célèbre arrangeur Gil Evans, dont Stephane se souvient : « Pour moi, c’est un mythe, ce qu’il a accompli dans sa vie de musicien, d’arrangeur, de compositeur, est fabuleux. Ca reste un de mes souvenirs les plus forts. »


LE LEADER


Si l’acoustique, électrique et éclectique batteur aime jouer la musique des autres, il a des choses à dire, et c’est également en tant que leader et compositeur qu’il s’est révélé ces dernières années...


En 1999 sort chez Blue Note le premier album de Stephane, « Tribal traquenard » ; douze thèmes originaux et une reprise de Cole Porter, servis par les talentueux camarades de jeu que sont Linley Marthe, Olivier Louvel, Stéphane Guillaume et Pierre de Bethmann, et par quatre invités non moins talentueux : Stefano di Battista, Louis Winsberg, Alain Debiossat, Marc Berthoumieux. Le magazine « Jazzman » écrit : « Avec Tribal traquenard, le batteur creuse à coup sûr un des présents, voire un des futurs du jazz. » En 2000, l’album est nominé, puis couronné d’un « Django d’or » du meilleur espoir pour un premier disque !


En 2002, toujours chez Blue Note, sort le deuxième album de Stephane, « Toutakoosticks », enregistré en février 2001 dans des conditions « Live », avec Pierre De Bethmann, Nicolas Folmer, Stéphane Guillaume et Rémy Vignolo. Et si la formule acoustique en quintet aurait pu donner un album traditionnel, l’esthétique est résolument actuelle, et Stephane démontre une fois de plus qu’il trace la voie du jazz de demain...


En 2005, malgré les plaintes répétées de son entourage, Stephane récidive : il enregistre et publie sur le label Nocturne un nouvel album intitulé « Bouchabouches », entouré de Éric Legnini (piano, Fender Rhodes, Wurlitzer), Alexandre Tassel (bugle), Laurent Vernerey (contrebasse), et de trois talentueux invités : Rick Margitza (saxophone ténor), Olivier Louvel (guitares, saz, bouzouki...), et André Minvielle (voix). Cette fois, c’est dans le métro qu’il est allé puiser la matière première et sonore de ce nouveau projet créatif, ses douze compositions étant autant de portes ouvertes sur un monde jazzistique et suburbain. Contrairement à la rumeur, le Huchard n’est pas toujours sur le toit, il est parfois sous la ville...


Thierry « Fantobasse » Menu